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 Ce que l'on appelle échec n'est pas la chute, mais le fait de rester à terre [libre]

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Ombe Hyde
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MessageSujet: Ce que l'on appelle échec n'est pas la chute, mais le fait de rester à terre [libre]   Ven 2 Sep - 21:35

  • Tant d'années. Tant d'années à courir après la liberté, pour finalement s'apercevoir qu'elle ne tenait à pas grande chose. Certain la trouvait dans une vieille cabane perdue au bord d'une plage ; d'autres, tout simplement, dans le fait de vivre chaque jour sans avoir de chaînes aux poignets. Et moi, je l'avais trouvée sur un bateau. Un bateau et une gigantesque étendue d'eau, où même le vent ne rencontre aucun d'obstacle, ou le son de son propre cri semble résonner jusqu'à l'infinie. Et ces mouettes qui crient en accompagnant le navire, ces cris stridents qui sonnent à mes oreilles comme un merveilleux hymne à la Liberté.

    Tout avait commencé il n'y a pas si longtemps. Une chute, une survie, une révélation. J'étais la fille d'une femme et d'un androïde, une demi-robot. La liberté qui s'était dessinée peu à peu à moi s'était doucement étiolée. J'étais la fille d'un robot à l'apparence totalement humanoïde, un humain fabriqué en usine. J'étais par conséquent destinée à être extrêmement résistance aux coups/chutes, et donc quasiment incassable ce qui par ailleurs n'était pas si mal dans mon cas. Mais être semi-robot, c'était aussi avoir été, quelque part... construite par quelqu'un, voire même quelque chose. J'avais toujours eu du mal à croire que les androïdes pouvaient avoir des sentiments, des sensations. Après tout, ce n'étaient que des machines. Mais le fait d'en être une en partie avait changée la donne. Je me sentais horriblement mal, comme prisonnière d'un corps qui n'était pas le mien.

    Je secouais la tête. Ressasser ces idées m'emplissait d'un terrible vide intérieur, et je parvenais peu à peu à me convaincre que je n'étais qu'un stupide robot. Comme si l'intégralité de mes mouvements, de mes paroles, de mes réactions avaient déjà été prévues dans un circuit compliqué établi au fond de moi-même. Je savais que, quoi qu'il en soit, ce n'était pas réellement le cas. Les androïdes étaient le fruit d'une technologie extrêmement poussés ; ils étaient finalement devenus de véritables humains, avec leurs propres sentiments, leurs propres réactions, leur propre caractère. Et puis, je n'en étais jamais que la moitié. Et pourtant...

    Pour me changer les idées, je décidais de me rendre sur le point d'observation de la vigie. La Vigie. C'était mon nouveau travail, à présent. Je m'étais présentée au capitaine de bord ; mon désir brûlant de prendre la mer et ma quête de la liberté l'avait séduit, et j'obtenais peu de temps après ce poste auquel j'aspirais plus que tout. Respirer à longueur de journée l'odeur salée de la mer, pouvoir scruter l'horizon du navire, sentir le vent caresser mon visage... Qu'aurais-je pu trouver de mieux ?

    Je jetais un regard au-dessus de moi ; les cordages. Il était temps de passer à l'action. Je fis trois petites foulées, pris mon élan, puis bondis. Je choppais l'une des cordes au passage, profitant de la vitesse obtenue grâce à mon saut pour me propulser vers une autre encore, tout-à-fait concentrée. Je sentais les cordes légèrement usées accrocher la peau de la paume de ma main, je sentais le vide qui se creusait peu à peu en dessous de moi. Il n'y avait rien de plus grisant ; il n'y avait plus que le ciel et moi.

    Puis cette histoire d'androïde. Malgré tous mes efforts pour la chasser, elle revenait au galop prendre la place qui lui était due au sein de mon esprit. Ma concentration se troubla peu à peu ; je ratais la première corde, me raccrochais à la seconde. Évitais de justesse le mât, pour finalement me prendre le pied gauche dans l'une des voiles basses. Puis, irrémédiablement, je tombais.

    Je laissais échapper un léger gémissement. La deuxième chute, en quelques jours. Je savais pertinemment, que je ne risquais plus la mort ; j'étais trop résistante pour succomber à ce genre d'erreur. Mais deux autres éléments étaient à prendre en compte. La stupidité, en premier lieu. En temps normal, lorsque j'avais tous mes esprits, j'étais une excellente acrobate. La meilleure de ma ville, en tout cas. Et tout le monde le savait. Me ridiculiser avec une chute de ce genre était tout bonnement ridicule. Et puis la douleur. Si je ne pouvais pas me tuer, et très probablement pas me fracturer quoi que ce soit, je n'allais pas me tirer de cette chute qui aurait tué n'importe qui sans souffrir. Je l'avais déjà appris à mes dépends, lorsque j'avais chuté du haut de l'immeuble.

    Finalement, la douce sensation de la chute m'envahit, coupant court à tous les différents jurons qui me venaient brusquement à l'esprit. La même sensation que la première fois, celle d'une liberté sans borne, lorsque nous ne nous tenions plus à rien. Puis, en quelques secondes à peine, la vitesse que je prenais, vite, de plus en plus vite, avant l'impact.

    Je ne pouvais pas mourir, de toute façon.

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Calemia Hyde
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MessageSujet: Re: Ce que l'on appelle échec n'est pas la chute, mais le fait de rester à terre [libre]   Dim 4 Sep - 17:57

[HJ : J'avais dit que je répondrais pas, mais en fait, c'est trop tentant. Et je devrais être en train de me préparer pour ma rentrée ...]

    Il était environ dix heure du matin, l'heure à laquelle tout bon citoyen de Vengelys se doit d'être au travail et non pas de franchir avec précaution une barrière portant la mention "ZONE INTERDITE" en gros caractères rouges. Seulement, Calemia Hyde n'avait jamais été une très bonne citoyenne. Oh, bien sûr, elle payait ses impôts, quand elle n'oubliait pas, mais qui peut résister à l'appel de l'interdit ?

    Depuis quelques jours, Caly n'entendait parler de que d'une chose. Enfin, deux. De la disparition de sa sœur et de l'apparition de ce mystérieux navire sur la place. Sa mère avait renoué avec les avis de recherches, et elle ne pouvait se balader dans aucun coin du quartier d'Eve sans croiser Ombe et son sourire crispé qu'elle avait toujours sur les photos d'identité. Alors ce matin, au lieu de partir au travail et de supporter le gérant et son sourire vicieux toute la journée, elle était partie le voir. Voir le bateau.

    Elle était montée sur le pont, avait marché un peu, puis les choses avait commencées à se gâter. Les marins avaient commencés à s'activer, à déployer les voiles, à la bousculer et finalement, l'Evasion avait quitté la plage. Et Caly était toujours sur le pont, l'air légèrement égarée. Elle s'avança vers la balustrade et entreprit de se pencher. Elle resta ainsi quelques secondes, le temps de réaliser qu'elle était sur la mer. La Mer d'Argent. Aussi loin qu'elle regarde, l'horizon avait toujours été cette ligne bleue infranchissable. Et elle était sur un bateau qui l'emmenait vers Dieu sait où, au-delà de la Mer.
    Elle se releva et affecta un air blasé.

    Puis, ne voulant pas rester plantée comme une potiche, elle se mit à déambuler sous les cordages, quand soudain ... PAN. Le bruit d'une rousse de taille moyenne tombant de plusieurs mètres.
    Calemia se précipita vers la jeune femme au sol.

    « - Je ... Je ... Vous ... Tu ... Ça va ? »

    Celle-ci se retourna précautionneusement. Elle n'avait que quelques égratignures, des cheveux roux aux épaules et des traits enfantins. Caly bondit.

    « - Ombe ?! Qu'est-ce que tu fiches ici ?!, et, constatant le mutisme surpris de son interlocutrice, elle poursuivit, Tu ... tu pars sur ce truc ? Est-ce que, pour une fois, tu aurais pu agir comme une personne normal ? Une personne normale, qui se souci un minimum des autres et qui a la politesse de rester dans son lit d'hôpital après une chute du haut d'un toit au lieu d'aller s'enrôler sur le premier bateau venu ? »


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